1960
: Ferré se paie une Jolie môme. Line Renaud marraine à la télé
Johnny Hallyday, l'enfant du Golf-Drouot : il chante Laisse les
filles, puis Souvenirs, souvenirs et Itsy bitsy. Europe
Un casse son disque à l'antenne ! Serge Gainsbourg signe le sensuel Eau
à la bouche. Aznavour s'essaie à l'ironie avec Tu te laisses
aller et à l'auto-dérision avec Je me voyais déjà. Marcel
Amont compte enfin des succès discographiques : Tout doucement, Bleu,
blanc, blond. Mort Shuman travaille pour Elvis Presley aux USA
et adresse toute sa Grande passion à Richard Anthony.
Le
twist débarque à Paris en 1961 juste après les premiers groupes
dont Les Chaussettes Noires avec Eddy Mitchell, suivi des Chats
Sauvages avec Dick Rivers. La jeunesse en blousons de cuir noir
et jeans siffle deux tubes (le mot est lâché...) : Daniella et Twist
à St-Tropez... D'autres groupes de rock s'engouffreront dans la brèche.
Richard Anthony est encore le rockeur N°1 avec Fiche le camp Jack et
un original français La leçon de twist. Johnny se hisse au niveau
de ce dernier grâce à Viens danser le twist. Frankie Jordan invite
une jeune collégienne à Une panne d'essence : Sylvie Vartan. Bob
Azzam, avec Mustapha et Fais-moi du couscous chéri, déstabilise
Dario Moreno qui prépare sa traversée du désert : Brigitte Bardot est
un de ses derniers succès. La chanson traditionnelle résiste : Brel crée
Le moribond qui va devenir tube planétaire, Brassens chante A
la claire fontaine, Serge Gainsbourg La chanson de Prévert, Bécaud
Et maintenant, son plus gros tube mondial repris par Sinatra et
Presley. Alain Barrière chante sa Cathy. Les Américains
lancent le satellite Telstar qui devient une chanson par Les
Compagnons en 1962. Richard Anthony roule pour la SNCF avec J'entends
siffler le train, Danyel Gérard revient de la guerre d'Algérie avec Le
petit Gonzales. Aznavour, déjà à l'écoute des jeunes, offre à
Johnny Retiens la nuit avant que ce dernier ne se consacre Idole
des jeunes. Claude François lance un twist raï avant le mot,
puis triomphe avec Belles, belles, belles. Henri Salvador rugit Le
lion est mort ce soir tout en savourant Syracuse du poète
Bernard Dimey. Les non-yéyés vivent bien : Guy Béart adapte Que sont
devenues les fleurs ?, Brel enchaîne les tubes : Le plat pays,
Les Bourgeois, Madeleine, pendant que Montand déchaîne sa Chansonnette.
Gainsbourg fait un succès jusqu'à Londres avec La Javanaise et
devient l'auteur à la mode. Nougaro sort un premier 25 cm truffé de
tubes : Le cinéma, Une petite fille, Le jazz et la java.
Leny Escudéro, après Ballade à Sylvie, signe pour une
amourette. Le chauffeur de taxi Pierre Péchin avec son Clair
de lune à Maubeuge fait de cette petite ville une station
touristique. Le troubadour Aznavour chante Les comédiens et donne
à Marcel Amont Le mexicain. Edgar Morin baptise les jeunes
artistes aux onomatopées suggestives et répétitives : les yéyés. Nous
sommes en 1963. Les dérivés du twist ne se comptent plus : Madison,
Surf, Hully Gully... Johnny tourne en Camargue à cheval Pour moi la
vie va commencer. On jette dans les pattes de Cloclo, Frank Alamo avec
Reviens vite et oublie et Ma biche. Le yéyé d'Egypte
fulmine et réagit avec Si j'avais un marteau. Richard Anthony est
baptisé « Tino Rossi du twist », pourtant : C'est ma fête
et Tchin tchin sont des vrais tubes. Sacha Distel signe La
belle vie, un tube mondial. C'est la fin des groupes de rock, Dick et
Eddy continuent en solo. Place aux groupes vocaux : Les Missiles avec
Sacré Dollar, les Surfs, des petits Malgaches, avec T'en
va pas comme ça et Reviens vite et oublie. Alain Barrière se
positionne à nouveau avec Elle était si jolie. Jean Ferrat ose Nuit
et brouillard et C'est beau la vie. Le jeune Pied-Noir Enrico
Macias chante la fraternité dont ses compatriotes ont tant besoin en
ces temps de rapatriement : Enfants de tous pays. Et comment vont
les « croulants » (mot consacré à l'époque) ? Salvador,
sans l'accord de Mickey, lance Minnie petite souris. Aznavour se
maintient au premier rang avec La mama, For me formidable...
Pierre Perret impose sa jactance avec Le tord-boyaux. En 1964,
après des années sautillantes d'adaptations à tout crin, on en revient
à la mélodie française : Alain Barrière lance sa plus importante création,
Ma vie, et on assiste à la percée d'un autre jeune
auteur-compositeur-interprète, Adamo, qui assène : Tombe la
neige, Vous permettez Monsieur, Les filles du bord de mer...
Les derniers groupes vocaux à résister restent Les Surfs avec A présent
tu peux t'en aller. Comment se reconvertissent les rockeurs ? Johnny
joue le mauvais garçon du Pénitencier, Eddy le classieux crooner
de Toujours un coin qui me rappelle, Richard Anthony le
contestataire d'Ecoute dans le vent de Dylan. Danyel Gérard passe
au yéyé avec D'accord, d'accord. Hugues Aufray commence à régner
sur les colos avec Debout les gars. Ferrat ouvre le marché des
vacances d'été à La montagne. Quant à Claude François, avec Donna,
donna de Mort Shuman, il a du mal à éclipser le Allo Mai 38/37
de Frank Alamo. Enrico Macias chante les vertus des merguez et de
l'harissa avec Les filles de mon pays. Claude Nougaro édite un
second 25 cm avec Je suis sous. Serge Gainsbourg lutte déjà
contre le racisme avec Couleur café. La génération des années
50 résiste bien : Bourvil avec La tendresse Salvador avec Zorro
est arrivé, Aznavour avec Que c'est triste Venise, Bécaud
avec L'orange et Nathalie, plébiscité jusqu'à Moscou,
Brel avec Les bonbons et Jeff, Brassens avec Les copains
d'abord. Comme les disques anglo-saxons débarquent de plus en plus
massivement en France en 1965, les Français doivent abandonner les
adaptations en double emploi. Pourtant Hugues Aufray insiste avec Dylan.
Le premier hippy français est le Centralien Antoine qui, dans Les
élucubrations, veut mettre Johnny en cage. Ce dernier épouse Sylvie
et déclare la guerre aux chemises à fleurs. Claude François se
reconvertit, un temps, dans le bruitage pour enfants : Le jouet
extraordinaire, et concurrence le Bip-Bip du fils du cinéaste
Jules Dassin. Adamo est numéro 1 des ventes avec Mes mains sur tes
hanches, avant que Christophe, Aline, et Hervé
Vilard, Capri, ne décrochent les tubes de l'été. Après dix
ans d'une chaotique carrière, François Deguelt revient avec Le ciel,
le soleil et la mer. Un jeune auteur-compositeur-interprète, Pascal
Danel, s'allonge sur La plage aux romantiques pendant qu'un
autre, Guy Marchand, ne croone pas encore sa Passionnata. Michel
Delpech fait son trou Chez Laurette. Claude Nougaro, vedette,
n'en est pas moins papa de Cécile. Un autre créateur venu du
jazz, Nino Ferrer, après le succès d'estime de Pour oublier
qu'on s'est aimés, compte un vrai hit bourré d'humour avec Les
cornichons. Sacha Distel se partage avec les Surfs Scandale dans la
famille. Aznavour offre et reprend La Bohème à Georges Guétary,
Bécaud rend hommage à son éditeur dans Quand il est mort le poète,
Salvador continue à être l'amuseur public numéro 1 dans Le travail
c'est la santé. En 1966, Johnny supporte mal la paternité et tente
de se suicider, Noir c'est noir, avant de répondre à Antoine dans
Cheveux longs et idées courtes. Cloclo optimise son temps en
adaptant la Tamla Motown, J'attendrai, jusqu'aux arrangements et
aux danseuses : c'est la naissance des Claudettes. L'humour british allant
bien à Sacha Distel, il récidive avec Monsieur Cannibale et L'incendie
à Rio. Dans le comique plus travesti, il y a Salvador et Juanita
banana ; dans le sourire potache, on trouve Pierre Perret et ses Jolies
colonies de vacances. Les colos ne lâchent pas non plus Hugues
Aufray, ni sa Céline, ni son Stewball. Quant aux étudiants,
ils adorent un p'tit nouveau, Jacques Dutronc. Mini, mini, mini,
Et moi, et moi, et moi, Les play-boys, Les cactus ouvrent
le bal de ses tubes. Nino Ferrer résiste avec Mirza. Delpech
marque un deuxième point avec Inventaire 66, Christophe avec Les
marionnettes, Pascal Danel avec Les neiges du Kilimandjaro. A
Salut Les Copains, Adamo est chanteur N°1 avec Une mêche de cheveux,
Eddy Mitchell se maintient avec Société anonyme, mais c'est le
fils d'un compositeur des années 50 qui crée la surprise : Michel
Polnareff avec Love Me Please Love Me, L'amour avec toi,
La poupée qui fait non. En quelques mois, il est sacré vedette...
Un autre débutant sort de l'anonymat, Michel Fugain avec Prends
ta guitare. Nougaro crie son amour pour le jazz et Armstrong
jusqu'à Sing Sing. Brel annonce qu'il arrête le tour de chant
avec Ces gens-là. En 1967, pour Claude François, c'est
l'année de Comme d'habitude, que les Américains vont s'approprier
via Anka, Sinatra et Presley. Eric Charden, qui écrit pour Cloclo,
fait son premier tube d'interprète avec Le monde est gris. Après
avoir raillé les hippies, Johnny retourne sa chemise à carreaux avec San
Francisco. Il faut dire, qu'en France, c'est un raz-de-marée. Même
Richard Anthony met des chemises à fleurs avec Aranjuez. Michel
Fugain rebelote avec Je n'aurai pas le temps qui marche
outre-Manche. Son copain, Michel Sardou, perce timidement avec Les
Ricains. La star de l'année est sans aucun doute Joe Dassin qui
impose ses Daltons, alors que l'humour de Ferrer Le téléfon,
de Dutronc J'aime les filles et de Perret Tonton Cristobal recueille
toujours tous le suffrages. Après Monty, un deuxième Français se
met au rhythm and blues, Herbert Léonard Quelque chose en moi
tient mon cœur produit par Lee Hallyday. Eddy Mitchell joue de plus
en plus la carte de la rock-ballade avec Alice. Adamo, en pleine
Guerre des Six Jours, ose Inch'Allah, un hymne à la paix. Enrico
Macias oublie un peu sa Méditerranée pour chanter Les gens du Nord.
Un rescapé de la route, Serge Lama, fait un succès d'estime avec Les
ballons rouges. Serge Reggiani, après 20 ans de cinéma, se
met à la chanson avec la collaboration de Moustaki : Ma liberté, Sarah...
Si Aznavour est un peu sec, Bécaud récidive avec L'important c'est la
rose. La France de De Gaulle bascule dans la Révolution de 1968.
Le seul à la chanter est Claude Nougaro dans Paris Mai, les autres
préfèrent s'expatrier, surtout en Italie. Après Dominique, une
deuxième chanson française, termine N°1 au Billboard : L'amour est
bleu par l'Orchestre de Paul Mauriat. Joe Dassin est N°1 avec La
bande à Bonnot, Siffler sur la colline... Polnareff a toujours
une muse prolifique : Tous les bateaux..., Tout pour ma chérie...
Dutronc n'a pas non plus à se plaindre de Lanzmann : Il est 5 heures,
Paris s'éveille. Julien Clerc voit sa Cavalerie emballer
les presses de sa maison de disques. Serge Lama fait enfin un tube avec D'aventures
en aventures. Un jeune franco-américain, William Sheller,
signe My Year Is A Day pour les Irrésistibles. Jacques
Brel, qui chante Vesoul, se lance dans la comédie musicale - Il
adapte L'Homme de la Mancha. Gilbert Bécaud chante la nature : Les
cerisiers sont blancs. Un jeune poète, Gérard Manset, dérange
avec Animal. Serge Reggiani ose parler de l'amour malgré la différence
d'âge : Il suffirait de presque rien. C'est la mode rétro :
Antoine retourne sa veste et lui emboîte le pas. Ses Problèmes deviennent
Les Charlots et parodient les tubes. Perret éclate la France avec
ses Cuisses de mouche. Gérard Lenorman remplace Julien
Clerc dans « Hair » en 1969. Ce dernier se consacre entièrement
à La Californie. Johnny Hallyday fait un retour fracassant avec Que
je t'aime, la chanson de la maturité. Pour Michel Delpech, c'est
aussi un tube hippy avec Wight Is Wight. Jacques Dutronc termine sa
série humour et délire avec L'hôtesse de l'air. Polnareff stoppe
net toutes les rumeurs sur sa sexualité avec Je suis un homme.
Dassin croque Le petit pain au chocolat alors qu'il remonte Les
Champs Elysées jusqu'à l'arc de triomphe. Serge Lama s'impose comme
le chanteur charnel avec C'est toujours comme ça la première fois.
Michel Sardou, après cinq ans, explose enfin avec Les bals populaires.
Georges Moustaki a le look adéquat pour Le métèque. Adamo est
devenu une star : son Petit bonheur marque la fin de ces
derniers. C'est le grand retour de Léo Ferré qui séduit les adolescents
avec C'est extra. Jean Ferrat, communiste assumé, ose Ma France
dans l'Hexagone pompidolien. Après Leclerc, Charlebois est le
second Québécois à atterrir en France dans l'avion de Lindberg.
Gainsbourg change de partenaire, c'est avec Jane Birkin qu'il oblitère 69,
année érotique, notamment avec Je t'aime, moi non plus,
propulsé tube planétaire par une condamnation papale. Michel Legrand a
fait de ses Moulins de mon cœur un standard international. David-Alexandre
Winter ouvre la voie aux néo-romantiques à voix avec Oh Lady Mary.
Tout comme Jean-François Michaël et son Adieu jolie Candy.