1970 : Dassin est le chanteur N°1 avec L'Amérique. Derrière, Michel Sardou s'installe dans la chanson musclée avec J'habite en France. Sacha Distel se classe en anglais à Londres et en français à Paris avec Toute la pluie tombe sur moi. Cloclo voit son Parce que je t'aime mon enfant adapté par Presley. Une nouvelle génération de groupes débarque. Ils font de la pop en français : Triangle, Martin Circus... Le public préfère cependant les Charlots qui jouent la carte rétro avec Derrière chez moi tout en égratignant le CNPF : Merci patron. La variété, depuis 68, doit un peu s'engager : les Poppys de la chorale d'Asnières optent pour l'antimilitarisme avec Non, je ne veux pas faire la guerre puis Non, non, rien n'a changé. Ferré est de plus en plus porté sur le péché de chair avec La the nana. Bécaud se ressource sans cesse : La solitude..., La vente aux enchères, Charlie t'iras pas au paradis... Le jazzman Marcel Zanini partage avec BB Tu veux ou tu veux pas. Un nouveau play-boy velu et vocal débarque d'Israël : Mike Brant ; son Laisse-moi t'aimer en scotche quelques uns. L'opérette est en deuil : Luis Mariano et Bourvil nous quittent. Philippe Clay lance un pavé dans la mare des post-soixante-huitards de 1971 avec Mes universités. Léo Ferré fait retomber l'adrénaline mais pas l'émotion Avec le temps. Adamo sort la tête du vase avec J'avais oublié que les roses sont roses. Justement, Gérard Lenorman, Gérard Palaprat, donnent à la Rose d'or sa plus belle année avec Il et Fais-moi un signe. Un jeune non-voyant rayonnant du nom de Gilbert Montagné enregistre The Fool en anglais : tube européen. Stone et Charden antonnionnent L'avventura, ils lancent la mode des duos. Pour Cloclo, même si C'est la même chanson, c'est un deuxième souffle. Delpech est sacré vedette avec Pour un flirt, alors que Dassin s'installe sur les plus hautes marches des hits avec La fleur aux dents, L'équipe à Jojo... L'autre Jojo justement se maintient avec Oh ma jolie Sarah, alors qu'Eddy reprend du poil de la bête avec C'est facile. Pour Julien Clerc, Ce n'est rien, La fille de la véranda, et Niagara lui permettent de plaire aux deux France. Michel Sardou tape à nouveau dans le mille avec Le rire du sergent. Pendant que Lama se prend pour Superman, le jeune Philippe Lavil est plus modeste : Avec les filles, je ne sais pas. La révélation de l'année reste cependant Maxime Leforestier avec un premier album : L'éducation sentimentale, San Francisco, Mon frère, Parachutiste... Les groupes pops vendent enfin ! Triangle Viens avec nous, Martin Circus Je m'éclate au Sénégal... L'écurie Flèche, créée par Claude François il y a quatre ans, décroche son premier tube : Patrick Topaloff avec J'ai bien mangé, j'ai bien bu. Pierre Perret préfère la tendresse au comique et ouvre La cage aux oiseaux. Marcel Amont, grand showman revenu au premier plan depuis quelques mois, fait son dernier succès avec L'amour, ça fait passer le temps. Fernandel quitte les mille roses de sa villa marseillaise pour s'étendre à jamais sur leurs pétales. Après Pierrot, d'autres comiques virent écolo en 1972 : Jacques Dutronc et Le petit jardin, Nino Ferrer et La maison près de la fontaine. Mike Brant est au plus haut niveau avec Qui saura et C'est ma prière. Pourtant, ses challengers sont nombreux : Christian Delagrange Sans toi, je suis seul, Frédéric François Je voudrais dormir près de toi et Laisse-moi vivre ma vie... Mais c'est la vague néo-yéyée qui est la plus importante cette année-là : C. Jérome chante de sa voix sucrée Kiss Me et Himalaya, Patrick Juvet pianote sa Musica, Alain Chamfort, ex-clavier de Dutronc lancé par Cloclo, martèle son Signe de vie, signe d'amour. Tous trois portent pattes d'eph, cols pelle à tarte et blousons ou vestes de satin flashy. Les ex-yéyés ne veulent pas être en reste : Claude François pratique le son et lumière intégré avec Il fait beau, il fait bon, Y le printemps qui chante, Le lundi au soleil... Une autre révélation de l'année est Daniel Guichard dans La tendresse. Mort Shuman devient interprète avec Le lac majeur. Michel Fugain est big bazardé vedette grâce à La belle histoire, suivi de Fais comme l'oiseau. Idem pour Gérard Lenorman avec Les matins d'hiver. Michel Delpech marque une pause plus républicaine que syndicale avec Que Marianne était jolie. Julien Clerc, lui, reste concentré : Si on chantait, Le patineur. Pierre Perret verse dans les Plombiers. Polnareff affiche ses fesses sur les murs de la capitale avant de partir en Holidays avec un chapeau de paille, mais pas sur les oreilles ! Aznavour épouse les années psychés avec Les plaisirs démodés et ose jouer l'homo dans Comme ils disent. On pleure Jean Tranchant, Maurice Chevalier, et Boby Lapointe. Les duos sont certainement le phénomène de l'année 1973 : Sheila et Ringo, Les gondoles à Venise, poussent le marketing jusqu'à se marier ! Derrière, Johnny et Sylvie en profitent pour admettre J'ai un problème. Décidément, C'est le temps des retrouvailles : Sacha Distel et BB replongent avec Le Soleil de ma vie. Et les initiateurs des duos, Stone et Charden, dans tout ça ? Ils sont en tête pour quelques mois encore avec Made in Normandie. Yéyés et néo-yéyés cohabitent désormais en haut des hits : C. Jérome La petite fille 73, Frédéric François Viens te perdre dans mes bras, Pierre Groscolas Lady Lay d'un côté, Adamo Crazy Lue, Cloclo La chanson populaire... de l'autre. Hugues Aufray fait oublier ses 15 ans de carrière avec Hasta Luego, alors que Michel Polnareff est devenu le symbole de la provocation, pour lui, On ira tous au paradis. Deux nouveaux chanteurs « décalés », ni rive-droite, ni rive-gauche débarquent : Alain Souchon avec L'amour 1830 et Yves Simon avec Au pays des merveilles de Juliet. Un ex-yéyé, Pierre Vassiliu, fait son premier gros tube Qui c'est celui-là ? Jacques Dutronc rédige son Testamour, alors qu'il joue le Gentleman cambrioleur. Carlos, après cinq années d'essais, décroche enfin le tube Tout nu et tout bronzé. La maladie d'amour de Michel Sardou est contagieuse alors que Serge Lama déclare Je suis malade et se soigne avec Les petites femmes de Pigalle : choc des titans. Nougaro lui aussi joue le mâle sensuel avec Dansez sur moi. Gérard Lenorman met en garde son public Si tu ne me laisses pas tomber, et Daniel Guichard le supplie Faut pas pleurer comme ça. Pan dans le mille ! 1974 : Pompidou décède et Giscard d'Estaing arrive au pouvoir. Chanteur « politisé », Michel Delpech, avec Les Divorcés, va influencer la législation sur le divorce, avant d'amorcer un virage avec Le chasseur. Derrière C'est moi C. Jérome, un nouveau néo-yéyé débarque dans un bain de lumières polychromes : Dave Trop beau avec sa Vanina. Plus romantiques, voici François Valéry avec Une chanson d'été. Cloclo, qui a peur de tous ses jeunes challengers, vit une année record avec Tous les Shalala, Le mal aimé et Le téléphone pleure. Si ce dernier se maquille discrètement, Patrick Juvet, lui, s'inspire de Bowie, des diamants collés sur la joue quand il chante Rappelle-toi minette. Christophe amorce son retour avec Senorita. Pour Sardou, le fils de La fille aux yeux clairs à la gouaille pendue, tout va très bien. Il en est de même pour Lama, Chez moi. Et pour Julien Clerc, Danses-y. L'ex-chanteur du Kingset, Michel Jonasz s'impose enfin avec Dites-moi et Super-nana. Alain Souchon se sent moins isolé, d'autant plus qu'il travaille désormais avec Laurent Voulzy : J'ai dix ans. A « gauche », il y a les Québécois de Beau Dommage avec La complainte du phoque en Alaska et le belge Dick Annegarn avec Bruxelles. Jean Ferrat, lui, lève le pied et signe Mon vieux pour Guichard. Claude-Michel Schönberg fait son Premier pas d'interprète, un des derniers. Ca y est ! La nostalgie sixties commence : Au Bonheur des dames crie Oh les filles, Johnny enregistre à nouveau du rock, tout comme Dick Maman n'aime pas ma musique ou Eddy C'est un rockeur. En revanche, Richard Anthony fait ses adieux au hit-parade avec Amoureux de ma femme et dit bonjour au weight watchers. Salvador est le premier à adapter du disco en français avec J'aime tes genoux, pendant que Pierre Perret dégaine son Zizi. 1975 : Jean-Jacques Goldman savoure son premier tube, Sister Jane, au sein de Tai Phong. Le tube de l'année est L'été indien par Joe Dassin. Un débutant, Nicolas Peyrac apporte du sang neuf avec So Far Away ainsi qu'Et mon père. Michel Delpech écrit l'avenir dans Quand j'étais chanteur. Dave est à son apogée avec Dansez maintenant et Du côté de chez Swann, Adamo fait un dernier tube : C'est ma vie, Julien Clerc, juste un de plus : This Melody. Mike Brant se suicide, Dis-lui est un tube posthume. Nino Ferrer trouble les ondes avec Le Sud, pendant que Jonasz confirme sa progression avec Les vacances au bord de la mer. Christophe n'a jamais été aussi reconnu en qualité comme en quantité avec Les mots bleus signés Jarre. Fugain salue les Acadiens. Sardou défraye à nouveau la chronique avec Le France. Gérard Lenorman publie en face B La ballade des gens heureux qui mettra du temps à s'imposer. Martin Circus passe de la pop à la variété et nous présente Marylène. Chamfort quitte l'écurie Flèche avant que Le temps qui court ne le rattrape. Gérard Manset, après une bonne demi-douzaine d'années de métier, inscrit son seul tube, Il voyage en solitaire, au panthéon des hits. Dans la lignée Yves Simon, il y a Jean-Michel Caradec avec Ma petite fille de rêve. William Sheller commence une carrière d'interprète sous le signe de la provocation yankee avec Rock'n dollars. Bernard Lavilliers nous entraîne à San Salvador. Nouveau duo chauvin avec France Gall et Michel Berger : Ca balance pas mal à Paris, leur duo est magique. Eddy avec Pas de boogie woogie damne le pion à Johnny avec Requiem pour un fou et Gabrielle. Dick a compris que, pour exister, il devait Faire un pont entre ces deux idoles. Juvet et Jarre s'associent pour l'excellent Faut pas rêver, Gérard Lenorman avec un nouvel auteur compositeur interprète d'avenir, Didier Barbelivien pour Michèle. Fugain termine sa période Big Bazar avec Le printemps, Sardou commence à avoir de sérieux problèmes de sécurité, ce qui ne l'empêche pas de chanter Le temps des colonies. Sheller essaie d'effacer son image Ketchup et Coca avec Un vieux rock'n'roll. Souchon marque un deuxième point pas Bidon, Jonasz un troisième, Je voulais te dire que je t'attends. David Christie se reconvertit dans le disco sous le nom de James Bolden et signe I Love To Love pour Tina Charles, un tube international. C'est la grande année du disco qui, en 1977, a inondé la planète : le french disco tire son saphir du jeu grâce à Cerrone Love In C Minor, Cloclo Magnolias For Ever. Brel, se sachant condamné, nous offre une dernière visite aux Marquises. Francis Cabrel publie son premier album avec Petite Marie. Souchon est toujours nostalgique : en plus de Y a d'la rumba dans l'air, il signe avec et pour Voulzy le premier tube de ce dernier Rockollection. Schmoll croone La fille du Motel. Dassin triomphe avec A toi et le Big Bisou qu'il donne à Carlos. Le jeune Philippe Châtel chante J't'aime bien Lili, une « Lili » qui révolte Pierre Perret. Après cinq ans de brouillons, Yves Duteil place quatre succès sur un album dont Prendre un enfant par la main, que Joan Baez exportera. Le disco continue à tout dévaster, ou presque, en 1978. Juvet travaille avec les producteurs (français) de Village People qui cartonnent avec YMCA et In The Navy et fonctionne partout avec I Love America. Cloclo nous quitte avant de s'imposer définitivement comme une star du disco avec Alexandrie. La création ne se limite cependant pas au disco. Nougaro reste fidèle au jazz-latino avec Tu verras. Alain Souchon conteste avec Poulailler's Song et se confie avec Allô maman bobo. Un nouvel anti-play-boy prend la carte de ce parti... pris pour la chanson minimaliste : Louis Chédid, le fils d'Andrée avec T'as beau pas être beau. Si Higelin émeut avec Pars, Renaud met le verlan à l'honneur pour Laisse Béton. Michel Berger compose « Starmania » avec, sur scène, une découverte : Daniel Balavoine et des Québécois. Johnny revient à des chansons de son âge, J'ai oublié de vivre, et Eddy s'insurge contre La dernière séance des cinémas. Julien Clerc est N°1 avec Ma préférence. La vague punk fun déferle avec Plastic Bertrand et Ca plane pour moi. Téléphone ouvre la voix au rock en français avec Hygiaphone. Brel rejoint l'île du bout du ciel. Le chômage est devenu une préoccupation majeure dans la France de 1979 : Eddy Mitchell est le premier à le chanter dans Il ne rentre pas ce soir. Gainsbourg, Vieille canaille, avec Chamfort signe un hymne aux navigateurs, Manuréva et Géant. Johnny a compris qu'il ne pouvait plus jouer uniquement sur son Beau C... et sa Belle Gueule. Désormais il muscle ses textes comme le reste. Jacques Higelin pétille dans le Champagne. Cabrel l'aime à mourir pendant que Duteil a La guitare qui le démange. La voix magique de Balavoine l'impose comme Le chanteur. Un autre petit nouveau au vibrato exceptionnel débarque : Lalanne et La maison du bonheur. Le disco arrive à maturité : Juvet est déjà bien installé en Amérique avec sa Lady Night. Une production belge, Born To Be Alive, les rejoint à Big Apple avec Patrick Hernandez. Ottawan se contente de l'Europe avec D.I.S.C.O. La comédie musicale signée Philippe Châtel, Emilie jolie, récupère Brassens. Le jazz français perd un de ses pionniers : Ray Ventura.